Pourquoi une checklist de reprise est indispensable
La reprise d'un véhicule d'occasion est un moment critique pour la rentabilité d'une concession. C'est à ce stade que se détermine votre prix d'achat et, par conséquent, votre marge future. Un défaut non détecté lors de la reprise, c'est une réparation surprise qui viendra grignoter votre bénéfice au moment de la revente.
Pourtant, dans de nombreuses concessions, la reprise reste un exercice informel : un tour du véhicule, un essai rapide, une estimation « au feeling » basée sur l'expérience. Ce manque de rigueur conduit à des oublis systématiques et à une sous-évaluation des frais de reconditionnement. Résultat : des véhicules repris trop cher qui ne dégagent pas la marge attendue.
Cette checklist de 22 points de contrôle structure votre processus de reprise et garantit une évaluation exhaustive de chaque véhicule. Elle s'inscrit dans une démarche plus large de gestion de parc rigoureuse et contribue directement à la maîtrise de vos marges.
Inspection extérieure : les 8 premiers points
L'inspection extérieure est la première étape de l'évaluation. Elle se fait idéalement en plein jour, sur une surface propre et bien éclairée. Prenez votre temps : un tour complet du véhicule prend 10 à 15 minutes mais peut vous éviter des surprises de plusieurs centaines d'euros.
Point 1 : État de la carrosserie. Faites le tour du véhicule en inspectant chaque panneau : capot, ailes, portières, toit, coffre. Recherchez les bosses, rayures, éclats de peinture et traces de corrosion. Passez la main sur les surfaces pour détecter les défauts invisibles à l'oeil. Notez chaque défaut avec sa localisation et sa gravité (superficiel, moyen, important).
Point 2 : Alignement des ouvrants. Vérifiez que les espaces entre les portes, le capot et le coffre sont réguliers et symétriques. Des écarts irréguliers peuvent indiquer un accident antérieur avec remplacement ou redressement de pièces de carrosserie.
Point 3 : État du vitrage. Inspectez le pare-brise (impacts, fissures), les vitres latérales et la lunette arrière. Un impact sur le pare-brise dans le champ de vision du conducteur nécessite un remplacement, ce qui représente 200 à 800 euros selon le véhicule.
Point 4 : Optiques et feux. Vérifiez l'état des phares (jaunissement, opacité, fissures, humidité à l'intérieur), des feux arrière et des clignotants. Testez chaque ampoule. Des phares opaques nécessitent un polissage ou un remplacement.
Point 5 : État des pneumatiques. Mesurez la profondeur des sculptures sur chaque pneu (minimum légal : 1,6 mm, idéal : plus de 3 mm). Vérifiez l'usure : une usure irrégulière peut indiquer un problème de géométrie. Inspectez les flancs pour détecter hernies ou coupures. Quatre pneus à changer, c'est 300 à 800 euros selon la taille.
Point 6 : Jantes et roues. Inspectez les jantes pour détecter les voiles, les griffures et les impacts de trottoir. Des jantes alliage abîmées coûtent entre 80 et 200 euros la rénovation unitaire.
Point 7 : Dessous de caisse. Si possible, levez le véhicule ou utilisez une fosse pour inspecter le dessous de caisse. Recherchez les traces de corrosion, les fuites d'huile ou de liquide, et l'état des protections sous caisse. Le dessous de caisse raconte souvent une histoire que l'extérieur ne montre pas.
Point 8 : Éléments rapportés. Vérifiez l'état des rétroviseurs, des pare-chocs, des baguettes latérales, des essuie-glaces et de l'antenne. Ces éléments sont souvent négligés mais leur remplacement s'additionne rapidement.
Inspection intérieure : les 6 points suivants
L'intérieur du véhicule révèle beaucoup sur son utilisation et son entretien. Un intérieur bien entretenu est un signe positif ; un intérieur dégradé peut refléter un usage intensif ou un manque de soin général.
Point 9 : Sellerie et garnitures. Inspectez les sièges (usure, taches, déchirures), le tableau de bord (craquelures, rayures), les garnitures de portes et le ciel de toit. La rénovation d'un siège cuir coûte 150 à 400 euros ; le remplacement d'un ciel de toit 200 à 500 euros.
Point 10 : Odeurs. Sentez l'intérieur du véhicule à froid (avant de démarrer le moteur). Une odeur de tabac imprégnée, de moisi ou de chien nécessite un nettoyage en profondeur, voire un traitement à l'ozone. Une odeur de brûlé ou de liquide de refroidissement peut indiquer un problème mécanique.
Point 11 : Fonctionnement des équipements. Testez systématiquement : climatisation (chaud et froid), lève-vitres électriques, verrouillage centralisé, siège électrique (si équipé), toit ouvrant, GPS, écran multimédia, Bluetooth, caméra de recul, radars de stationnement. Chaque équipement défaillant représente un coût de réparation et un argument de négociation.
Point 12 : Tableau de bord et témoins. Démarrez le véhicule et observez le tableau de bord. Tous les témoins doivent s'allumer au démarrage puis s'éteindre. Un témoin moteur, ESP, airbag ou pression de pneu qui reste allumé nécessite un diagnostic. Le coût dépend du problème sous-jacent, mais le diagnostic seul coûte 50 à 100 euros.
Point 13 : Compteur kilométrique. Vérifiez la cohérence du kilométrage avec l'état d'usure (pédalier, volant, levier de vitesses, siège conducteur) et avec l'historique d'entretien. Un kilométrage anormalement bas pour l'âge du véhicule et un habitacle très usé doivent alerter.
Point 14 : Coffre et roue de secours. Inspectez l'état du coffre (moquette, plancher), vérifiez la présence et l'état de la roue de secours (ou kit de gonflage), du cric et de la clé à roue. Le plancher du coffre peut révéler des traces de rouille ou d'infiltration d'eau.
Inspection mécanique : les 5 points critiques
L'inspection mécanique est la partie la plus technique et la plus impactante financièrement. Un problème mécanique non détecté peut représenter des centaines, voire des milliers d'euros de réparation.
Point 15 : Compartiment moteur. Ouvrez le capot et inspectez visuellement : niveaux de liquides (huile, refroidissement, frein, direction assistée), état des durites (craquelures, fuites), courroie apparente (état et tension), batterie (traces d'oxydation, âge). Des traces de fuite ou de coulure sont des signaux d'alerte importants.
Point 16 : Essai routier. L'essai doit durer au minimum 15 minutes et inclure différentes conditions : ville, route et si possible autoroute. Évaluez : le comportement au démarrage à froid, la souplesse de la boîte de vitesses (manuelle ou automatique), le freinage (efficacité, bruits, vibrations), la direction (précision, jeu), la suspension (bruits, tenue de route) et la ligne d'échappement (fumée, bruit anormal).
Point 17 : Freinage. Testez les freins à différentes vitesses. Un freinage qui tire d'un côté, des vibrations dans le volant ou la pédale, ou des bruits de frottement métallique indiquent un remplacement de plaquettes ou de disques. Comptez 150 à 400 euros par essieu selon le véhicule.
Point 18 : Embrayage (boîte manuelle) ou boîte automatique. Pour une boîte manuelle, vérifiez que l'embrayage ne patine pas (montée en régime sans accélération correspondante) et que le point de patinage n'est pas trop haut. Pour une boîte automatique, les passages doivent être fluides et sans à-coups. Un remplacement d'embrayage coûte 600 à 1 500 euros ; une révision de boîte automatique peut atteindre 2 000 à 4 000 euros.
Point 19 : Fumée d'échappement. Observez la fumée à l'échappement : une fumée blanche persistante peut indiquer un joint de culasse défaillant ; une fumée bleue signale une consommation d'huile anormale ; une fumée noire pointe vers un problème d'injection. Ces problèmes peuvent entraîner des réparations très coûteuses.
Vérification documentaire : les 3 points administratifs
La vérification documentaire est souvent expédiée, alors qu'elle est tout aussi importante que l'inspection physique. Un problème administratif peut bloquer la revente ou engager votre responsabilité.
Point 20 : Carte grise et situation administrative. Vérifiez que le vendeur est bien le titulaire de la carte grise, que le véhicule n'est pas gagé (certificat de non-gage de moins de 15 jours) et qu'il n'est pas en opposition. Vérifiez la correspondance entre le VIN sur la carte grise, la plaque de constructeur et la gravure sur le châssis.
Point 21 : Contrôle technique. Pour un véhicule de plus de 4 ans, le contrôle technique doit être à jour (moins de 6 mois pour une vente de professionnel à particulier). Lisez attentivement le rapport : les défaillances mineures signalées sont autant de points à intégrer dans votre budget de reconditionnement. Si le contrôle n'est pas à jour, c'est un coût supplémentaire à prévoir.
Point 22 : Carnet d'entretien et factures. Un carnet d'entretien à jour, avec des tampons concession ou garage et des factures correspondantes, est un gage de sérieux. L'absence de suivi d'entretien doit vous inciter à la prudence : le véhicule a-t-il été correctement entretenu ? Les vidanges et les remplacements de pièces d'usure ont-ils été réalisés dans les temps ?
Synthèse et chiffrage : du diagnostic à l'offre
Une fois les 22 points passés en revue, vous disposez d'un inventaire complet des défauts et des travaux à prévoir. L'étape suivante est le chiffrage. Pour chaque défaut identifié, estimez le coût de remise en état : pièces et main-d'oeuvre. Additionnez l'ensemble pour obtenir le coût total de reconditionnement.
Ce chiffrage est la base de votre offre de reprise. La formule est simple :
Offre de reprise = Prix de revente estimé - Marge cible - Coût de reconditionnement - Coût de stockage prévisionnel
Pour estimer le prix de revente, appuyez-vous sur les cotations du marché et les annonces concurrentes. Pour le coût de stockage prévisionnel, utilisez notre estimateur de coût de stockage. Et pour vérifier que la marge prévisionnelle est acceptable, le calculateur de marge VO vous donne une réponse en quelques secondes.
Soyez discipliné sur votre offre. Il est tentant de surpayer une reprise pour conclure la vente du véhicule neuf ou d'un autre VO. Mais une reprise surpayée, c'est un véhicule qui entrera en stock avec une marge négative dès le premier jour. Mieux vaut perdre une vente que de reprendre un véhicule à perte.
Digitaliser votre checklist de reprise
Notre checklist de reprise VO en ligne vous permet de réaliser l'inspection directement sur tablette ou smartphone. Chaque point est présenté avec un système de notation (conforme, à surveiller, à réparer) et un champ de commentaire. À la fin de l'inspection, un récapitulatif est généré automatiquement avec l'ensemble des observations et une estimation des frais.
Cette version digitale présente plusieurs avantages par rapport à un formulaire papier : aucun risque d'oubli grâce au parcours guidé, historique conservé pour chaque reprise, partage facile avec le responsable VO et traçabilité complète pour votre gestion de parc.
Intégrée à votre processus via un module de gestion de véhicules, la checklist alimente directement la fiche du véhicule en stock. Les défauts identifiés lors de la reprise sont associés au véhicule et suivis jusqu'à leur résolution. Le tableau de bord vous indique en un coup d'oeil combien de véhicules sont en attente de reconditionnement.
Former vos équipes au processus de reprise
La qualité de la reprise dépend directement de la compétence des personnes qui la réalisent. Dans l'idéal, la reprise est réalisée par un professionnel expérimenté — chef d'atelier, responsable VO ou technicien dédié. Mais dans les concessions de taille modeste, c'est souvent le vendeur qui réalise l'évaluation.
Quel que soit le profil de l'inspecteur, la checklist standardise le processus et compense le manque d'expérience. Elle guide le collaborateur pas à pas et s'assure que rien n'est oublié. Associée à la gestion d'équipe de votre DMS, chaque reprise est attribuée à un responsable identifié et le suivi est centralisé.
Des sessions de formation régulières, avec analyse des reprises passées (véhicules dont le coût de reconditionnement a dépassé l'estimation), permettent d'améliorer continuellement la précision des évaluations. C'est un investissement qui se traduit directement en marge supplémentaire sur chaque véhicule repris.
Transformer la reprise en avantage concurrentiel
Un processus de reprise structuré et transparent est aussi un argument commercial. Quand un client voit que vous inspectez son véhicule avec une checklist détaillée, point par point, cela crédibilise votre expertise et justifie votre offre de reprise. Le client comprend pourquoi vous proposez tel montant et accepte plus facilement l'offre.
C'est aussi un levier de différenciation face à la concurrence. Là où d'autres concessionnaires font une estimation rapide « à la louche », vous démontrez un professionnalisme qui inspire confiance. Cette confiance se traduit par plus de reprises acceptées et, en bout de chaîne, par un meilleur approvisionnement de votre stock VO. Pour maîtriser le coût de ce stock une fois les véhicules repris, un suivi rigoureux prend le relais de la checklist. Et pour accélérer la revente, investissez dans la rédaction d'annonces performantes qui mettent en valeur les véhicules que vous avez soigneusement évalués. Prêt à professionnaliser vos reprises ? Rejoignez Autoflw et digitalisez l'ensemble de votre processus VO.